Cameroun : HRW dénonce l'inaction de l'Etat face aux violences faites aux femmes

Les violences contre les femmes sont « généralisées » au Cameroun et l’État ne met pas en œuvre les mesures nécessaires pour les enrayer, malgré ses engagements, estime Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié mercredi.

D’après l’ONG, ces violences sont omniprésentes et prennent des formes variées (physiques, psychologiques, émotionnelles et économiques) principalement au sein du foyer, souvent perpétrées par des maris, partenaires ou proches masculins. HRW déplore que, malgré des engagements répétés depuis 2011, le gouvernement ait pris « peu de mesures concrètes » pour atteindre ses objectifs déclarés.

Le rapport, fruit d’enquêtes menées entre septembre et décembre 2024 à Maroua (Extrême-Nord), Douala (Littoral) et Buéa (Sud-Ouest), s’appuie sur les témoignages de 60 femmes victimes et sur des entretiens avec des responsables publics et des chefs religieux. Il met en lumière la persistance de normes sociales qui légitiment et perpétuent ces violences.

Les statistiques officielles confirment l’ampleur du phénomène : en 2018, 44% des filles et femmes camerounaises âgées de 15 à 49 ans vivant ou ayant vécu en couple déclaraient avoir subi des violences émotionnelles, physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire. La ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille a déclaré que 77 femmes avaient été tuées par leur conjoint en 2024 — un bilan que HRW juge probablement sous-estimé en raison de la sous-déclaration.

Human Rights Watch pointe aussi l’isolement et la vulnérabilité des victimes, conséquence du manque de recours, d’assistance et de services adaptés, mais aussi du faible niveau de formation et de ressources des acteurs publics, de la corruption au sein des forces de l’ordre et des institutions, et d’un accès à la justice difficile.

Le rapport souligne en outre les violences économiques subies par les femmes : perte d’autonomie pendant le mariage, contrôle des revenus par les hommes, inégalités en matière d’héritage et dépossession des veuves de leurs droits fonciers et de propriété.

Sur le plan international, le Cameroun se classait 148e sur 162 pays en 2023 dans l’indice d’inégalité de genre du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), un reflet des écarts persistants entre femmes et hommes en matière de santé reproductive, d’accès à l’emploi et d’éducation, note HRW.

L’ONG met en cause les « dispositions discriminatoires » du Code civil camerounais et le « rythme extrêmement lent » des réformes nécessaires, signes, selon elle, d’un manque de volonté politique pour changer le statu quo face aux violences faites aux femmes.

Source : AFP
Crédit photo : DW.com